Mansour Sy Djamil, président du mouvement citoyen «Bes Du Niak» « Je ne suis pas le député de Tivaouane»

Il fait partie des surprises de ces élections législatives. Contre toute attente, Mansour Sy Djamil, leader du mouvement Bes Du Niak, a obtenu 4 sièges à l’Assemblée nationale.
president du mouvement bess du niak

Les résultats provisoires des élections législatives donnent à votre liste Bes Du Niak quatre (4) députés. Avez-vous été surpris par les résultats ?
Ces résultats ne nous ont pas surpris dans la mesure où c’est le fruit d’un travail opiniâtre et exténuant que nous avons entamé depuis décembre 2009. Nous avions sorti, à l’époque, un article intitulé «Dafa doy, na dem (Ça suffit, qu’il s’en aille !)», car nous considérions que nous allions droit dans le mur du fait d’un chef d’Etat (Me Wade) qui ne comprenait pas sa fonction. Donc, j’ai eu à lui dire de partir, que ce n’était pas humiliant de s’arrêter à mi-gué et de partir au profit de la Nation et du pays. Lorsqu’il y a eu le problème du «ticket président/vice-président», en tant que membre de la société civile, nous avons engagé le combat en tant que citoyen. J’étais présent le 23 juin comme tout le monde, en tant que leader, j’y étais dès 8H. J’ai engagé le combat jusqu’à ce que le Président recule. Nous sommes arrivés aux grilles de l’Assemblée nationale où nous nous sommes arrêtés. A partir de ce jour, nous avions décidé que le 1er juillet dernier, nous allions entrer à l’intérieur de l’Hémicycle. Nous avons mené campagne au nom de cette profession de foi, avec très peu de moyens. Nous n’avons même pas pu être présents dans toutes les régions. Nous n’avons fait que 4 régions et 9 départements. Au résultat, nous avons obtenu le même nombre de députés que «Bokk Gis Gis» (la liste des dissidents du Pds, dirigée par Pape Diop, président du Sénat, Ndlr) qui était présent dans toutes les régions, avec beaucoup plus d’expérience et de moyens. Le baromètre par lequel on doit juger nos résultats est le fait qu’on soit arrivé au niveau de «Bokk Gis Gis». Nous sommes satisfaits. Ce qui nous inquiète un peu, c’est le taux d’abstention qui est de 65%. C’est le même taux qui a élu Macky Sall au second tour de la Présidentielle.

Comment jugez-vous ce taux d’abstention ?
Il s’inscrit d’abord dans la crise internationale de la démocratie représentative. Ce n’est pas seulement au Sénégal, même en France, les élections législatives ont enregistré un taux record d’abstention. La démocratie représentative a des difficultés pour entraîner les gens à assumer leur rôle de citoyen. Et si on fait une analyse sociale de ce taux d’abstention, on constate que ce sont les couches les plus pauvres qui ne vont pas voter, pour une série de raisons. Il y a eu un refus de sortir pour aller accomplir son devoir civique. Ensuite, il y a eu trop de coalitions, parfois des coalitions de coalitions comme dans «Bennoo Bokk Yaakaar» qui regroupe quatre coalitions («Idy4president», «Macky 2012», «Bennoo Siggil Senegaal», «Benno ak Tanor» 2012). Il y a aussi dans Bokk Yaakaar Cheikh Bamba Dièye, Ibrahima Fall… Je trouve que pour la clarté républicaine, quand il s’agit d’élections législatives, les gens doivent se présenter devant le suffrage universel pour se compter. Le Ps, l’Afp et Rewmi ne se sont pas comptés devant le suffrage universel. Leurs leaders (Niasse, Tanor et Idrissa Seck) se sont présentés au premier tour de la Présidentielle et les résultats étaient décevants. Peut-être que l’aigreur et le traumatisme de la défaite ont fait qu’ils n’osaient pas se représenter devant le suffrage universel et récolter la sanction du peuple. Ils ont préféré jouer les rôles de passagers clandestins dans le cadre des coalitions de coalitions. Malheureusement, les militants de base du Ps, de l’Afp et de Rewmi ne se retrouvaient peut-être pas dans ces coalitions et se sont abstenus d’aller voter. En tout cas, ce sont des coalitions qui se sont faites au gré des circonstances, c’était juste pour chasser Abdoulaye Wade du pouvoir. Et ce qui s’est passé immédiatement après les élections, la manière dont les principaux responsables de nos institutions républicaines ont tourné le dos à Abdoulaye Wade a aussi dégoûté les populations de la politique.

Ne pensez-vous pas que la déclaration de Serigne Mansour Sy en votre faveur a dopé l’électorat Tidjane ?
Doper dans quelle mesure ? Je ne suis pas un représentant de Tivaouane, de Touba ou des Niassènes. Je suis le leader citoyen d’un mouvement citoyen qui s’appelle «Bes Du Niak», mouvement citoyen de refondation nationale. C’est à partir des textes qui régissent le mouvement et de mon comportement politique qu’on doit juger, je suis régi par des textes d’orientation stratégique, un manifeste. Mes déclarations ne doivent pas être jugées en fonction de mon appartenance sociale ou religieuse, mais par rapport aux textes qui régissent le mouvement que je dirige. Dans mes déclarations, il n’y a aucune motivation de représenter Tivaouane, Touba ou le Vatican, étant donné que la deuxième sur ma liste, Héléne Tine, est une Chrétienne. Je suis le candidat de «Bes Du Niak» qui se trouve juste être un Tidjane.

Après les Législatives, quelles sont les ambitions politiques de «Bes Du Niak» ?
Je félicite d’abord tous les députés qui ont reçu l’onction populaire et qui vont représenter le peuple à l’Assemblée. En parcourant la liste des députés, je trouve que nous avons une moisson exceptionnelle par la qualité des gens qui vont aller à l’Hémicycle. Aujourd’hui, les conditions sont créées pour que toutes les composantes de la Nation puissent débattre des questions de développement de la manière la plus démocratique dans une démocratie délibérative, mais également participative. Les gens vont participer à la prise de décision et je trouve que, de ce point de vue, nous sommes dans la majorité présidentielle. Je l’ai dit tout au long de la campagne électorale, nous sommes sortis pour nous peser, pour savoir ce que nous représentons. Nous sommes un nouveau mouvement citoyen et nous n’avions jamais eu la chance d’aller devant le suffrage universel. C’était la seule occasion de nous mesurer et de savoir ce que nous apportons à la majorité présidentielle. Ceux qui ont participé au premier tour, chacun sait ce qu’il vaut : on a vu des 1%, 0,8%, 2%… Donc, la seule chance qu’on avait à Bes Du Niak, c’était d’aller aux Législatives. Nous l’avons fait et nous nous sommes retrouvés avec 5,7%, à peu près 6%. Nous sommes un mouvement qui se réclame de la gauche et, pour la première fois, un leader de la gauche a pu dépasser la barre des 3% et avoir au moins 4 députés à l’Assemblée nationale. Nous allons rejoindre la majorité présidentielle et continuer à nous battre comme nous l’avons déjà fait, pour qu’il y ait une Assemblée nationale de rupture, de refondation nationale.

Avez-vous exclu toute possibilité d’alliance avec des partis qui ne sont pas de «Bennoo Bokk Yaakaar» ?
C’est un point de vue personnel pour l’instant. Nos instances vont se réunir pour tirer les conclusions et faire le bilan des élections législatives. Mais tout au long de la campagne, nous avons toujours affirmé que nous sommes toujours dans la majorité présidentielle, parce que nous avions joué un rôle non négligeable dans sa victoire. Nous voulons continuer à créer les conditions pour que les conclusions des Assises nationales soient mises en œuvre, en votant au sein de l’Hémicycle des lois qui vont faciliter cette mise en œuvre, mais aussi en abrogeant des lois que nous considérons comme étant scélérates. Macky Sall n’a peut-être pas besoin de nous, avec nos 4 députés, mais par solidarité… (Il ne termine pas sa phrase) L’évolution politique de la majorité est tout à fait précaire, dans la mesure où il n’y a pas de base programmatique à «Bennoo Bokk Yaakaar». Mon inquiétude est que cette coalition vole en éclats à la première difficulté. Et il y en a déjà une, liée à l’élection du président de l’Assemblée nationale et surtout à la constitution du bureau de l’Hémicycle. J’ai peur qu’à ce moment, les ego hypertrophiés et surdimensionnés s’entrechoquent, et ça n’augure rien de bon. Mais nous sommes convaincus que nous avons contribué à l’élection de Macky Sall. Abdoulaye Wade a été pire que prévu, nous ne voulons pas prévoir le pire pour Macky Sall. Nous voulons qu’il réussisse, prévoir le meilleur pour lui, mais nous voulons prévenir le pire pour notre pays à la lumière de l’expérience que nous avons eue avec la première alternance. Nous voulons créer les conditions pour que le pire ne soit jamais probable. C’est notre engagement et nous allons le démontrer au sein de l’Hémicycle.

Est-ce que «Bes Du Niak» sera dans la course pour les prochaines élections municipales ?
Nous sommes un mouvement nouveau, un mouvement social à vocation politique. Nous allons nous présenter comme citoyens pour participer à la gestion des communes. Nos instances vont définir la stratégie adéquate, pour que la percée que nous avons eue à ces Législatives soit plus accentuée, qu’elle devienne la consécration d’une nouvelle force, celle du mouvement citoyen dans un contexte de désaffection du public par rapport aux partis politiques traditionnels.

Etes-vous intéressé par la présidence de l’Assemblée nationale ?
Je ne suis pas intéressé. Je n’ai jamais fait de déclaration écrite ou orale pour manifester un quelconque intérêt.

Quelle lecture faites-vous des 100 premiers jours de Macky Sall au pouvoir ?
100 jours, c’est très peu pour pouvoir juger l’action d’un gouvernement qui est censé s’étendre sur 5 ans. Je ne m’aventurerai pas à faire des déclarations pour juger Macky Sall. Je continue à lui souhaiter plein succès. Maintenant, il y a des maladresses qui se sont manifestées de temps en temps, qui sont dues, à mon avis, au caractère novice du chef de l’Etat et de son équipe. Peut-être que l’absence d’épaisseur stratégique parmi les gens qui entourent le Président n’a pas permis de lui éviter un certain nombre de maladresses qui sont dans la nature des choses. Je fais confiance à Macky, je trouve qu’il est outillé pour redresser ces maladresses.

Que pensez-vous des enquêtes déclenchées suite aux audits de 2008 ?
Ce qui me gêne et m’offusque, en tant que banquier, c’est que les audits, qui sont dans la nature de tout processus de financement, subissent cette théâtralité. Mais quand il se trouve que les biens publics sont détournés, il faut que les coupables rendent gorge.

L’Observateur

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